LE MERLE MOQUEUR

C'est mon avis et je le partage !

26 avril 2009

LES ENCORES DERNIERES NOUVELLES DU PERTHOIS

Mon cher Rica,

SOULAINES__10__4La cérémonie dédiée à notre ami Henri a été très simple. Plusieurs centaines de personnes de tous les âges se sont retrouvées à la Collégiale, pour un dernier salut à cet homme à tous égards gentil et droit.

Ses enfants ont brossé à grands traits les étapes de sa vie, d’enfant puis d’homme, de père et de mari, puis de grand père. Marco a rappelé le sportif dévoué aux autres – jeunes et moins jeunes – et responsable depuis 1962.

Bien sûr la liturgie a eu sa place, et tu le sais Rica, bien que nous fussions libre, quant à nous , de toute considération religieuse, nous respectons ceux qui ont besoin de croire qu’un esprit supérieur orchestre la mécanique de l’univers.

Pourtant, dans les discours et les chants - sobres – des disciples de cette croyance, des images nous ont interpellés. Comme le poète promettant

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue… » (Rimbaud),

L’officiant décrivait « le royaume des cieux » en invoquant l’appel de

« L’herbe fraîche des prairies du Seigneur » ; « L’eau chantante des ruisseaux de la maison du Seigneur » ; et le bienfaisant « repos dans l’éblouissante lumière » lorsque l’âme aurait franchi « les gouffres profonds et dangereux de la mort ».

Un autre poète répondait

« J’ignore si l’énigme de la vague lueur

De l’au-delà est résolue… » (Boris Pasternak)

et nous, nous pensions qu’il est difficile de trouver le repos dans une lumière trop agressive et que cette croyance s’était donné beaucoup de mal pour finalement proposer l’image d’un au-delà trop ressemblant au monde terrestre. Alors, pourquoi la lâcher la proie pour l’ombre ? Pourquoi ne pas consacrer plus d’efforts à rendre plus beau et plus juste ce monde où notre vie commence et se termine ?

S7300088Il nous a semblé, en entendant rapporter les propos des petits enfants de notre ami, que ceux-ci au moins avaient tenté à leur façon de donner une meilleure idée de « la frissonnante nouveauté du monde » (Boris Pasternak) en imaginant que « Pépère est parti dans les étoiles… ». Sa pensée y flotte sûrement…

Au retour avec mon épouse, sous la pluie déversée sur la campagne à l’entour des Rivières-Henruel, nous nous disions avec Rutebeuf,

« Ce sont amis que vent emporte

Et il ventait devant ma porte… ».

À te revoir, pour les dernières nouvelles de demain, mon cher Rica,

Usbeck le jeune du Perthois.

Transmis par NOSE DE CHAMPAGNE.

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23 avril 2009

HENRI A FAIT SON 14 JUILLET !

Ce matin le téléphone a sonné à 9 heures... Sur le cadran, il indiquait que Dédé m'appelait. J'ai tout de suite pensé que c'était pour une mauvaise nouvelle. Dédé n'appelle que rarement et jamais si tôt... C'était pour me dire qu'Henri avait tiré sa révérence, au petit matin, après avoir sombré dans le coma cette nuit. Mon copain Marco, son ami de 40 ans (moi çà ne fait que 4 ou 5 ans que je le connais), est atterré...

Henri était malade depuis plusieurs années: le sang. Pourtant, il avait la pêche; jamais à geindre sur son sort... Il devait subir une auto-greffe et il était hospitalisé depuis quelques jours. C'était sérieux, mais il y avait des perspectives. Et entre autres, on devait fêter ensemble nos 60 ans, dimanche 12 juillet. Marco et Dédé avait formé avec Raymonde, Agnès et Chantal, une sorte de Comité des Fêtes pour préparer çà.

Henri avait coutume de se moquer des gens trop pressés, agités. Il leur disait: "aussi vite que tu peux aller, tu n'arriveras pas avant moi au 14 juillet"... Alors là, Henri, on va devoir faire les 14 juillet à rebours, maintenant que tu nous a grillé la politesse ! La prochaine fois qu'on ira à Schönwald chez Silke, il y aura un trou dans la délégation. Mais dans notre tête et dans nos coeurs, Henri, toi qui m'appelais Lénine pour te moquer, tu seras toujours présent.

NOSE

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22 avril 2009

JE SUIS UN PEU DURBAN 2 LA FEUILLE !

OBJECTION VOTRE HONNEUR !

L'Huma du 22 avril met en cause le « discours incendiaire du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad » lors de l'ouverture de la Conférence Durban II de l'ONU, contre le racisme et les discriminations, à Genève. Elle évoque « l'intervention de l'Iranien », « l'inadmissible discours de haine du président iranien »...

L'Huma du 21 avril précédent avait repris le catéchisme de la pensée unique pour qualifier le discours "électoraliste" du Président Ahmadinejad. Il n'avait pourtant fait que prendre à son compte, comme trop rarement dans cette enceinte, la vive émotion des peuples du Monde face aux exactions répétées et illégales (au regard de la législation internationale) de l'Etat hébreux à l'égard du peuple palestinien ! Le génocide de cet hiver 2008-2009 à Gaza est-il oublié ?

« Le plus cruel et le plus raciste des régimes » actuels dans le Proche Orient méditerranéen ? Hélas, c'est peut-être un peu exagéré, mais ce n'est pas sans fondement.

CUBA_GUANTANAMO« Après la fin de la Seconde guerre mondiale, les Alliés ont eu recours à l'agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive ». N'est-il pas vrai que la souffrance juive passée sert trop souvent à justifier les souffrances palestiniennes aujourd'hui et depuis 60 ans ? Cette vérité agresse-t-elle si profondément le lâche soulagement occidental devant le souvenir du refus de l'immigration de centaines de milliers de juifs vers les USA lors de la Seconde guerre mondiale ? Cette vérité n'est-elle pas conforme à ce que nous savons des intentions énoncées dans la déclaration de Lord Arthur James Balfour, Secrétaire au Foreign Office britannique du 2 novembre 1917 ?

N'est-ce pas cette réalité dont parlait en ces termes "racistes" (?), "antisémites" (?) l'écrivain Arthur Koestler: « Une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d'une troisième »  comme le rappelle Dominique Vidal dans le Cahier de Formation N°1 de l'AFPS ?!!

C'est aussi ce qu'explique Bernard Ravenel dans le N°7 du même bulletin de l'AFPS lorsqu'il écrit: « Dès avant la 1° Guerre mondiale, l'entité juive en formation, bientôt destinée à se transformer en Etat sioniste, fondée sur l'expulsion des Arabes palestiniens, sur la primauté de la nation hébraïque-juive israélienne et sur des limites territoriales arrachées par la force, ne peut être acceptée par le monde arabe. Il lui est donc nécessaire de trouver un protecteur. Ce sera l'Angleterre. »

Dans la suite de l'article de L'Huma, Ahmadinejad est encore stigmatisé pour avoir dénoncé cet occident "antiraciste" autoproclamé dans ce propos: « ils ont envoyé des migrants d'Europe, des Etats-Unis et du monde de l'holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée. » Mais le chef de l'Etat iranien n'est pas l'inventeur du fameux slogan sioniste  « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » !

Qu'un ex-ministre de l'intérieur tel que le chef de l'état français s'extériorise en permanence comme un spécialiste de la haine de classe et à la mesure de son équipement idéologique, c'est dans l'ordre des choses. Que dans l'Europe qui s'assoit sur la volonté des peuples, ou dans le Monde réservé aux actionnaires triomphants on s'y associe, cela ne peut pas nous surprendre non plus... Mais que des militants communistes, des internationalistes, des journalistes communistes, décripteurs du combat vital des salariés, reprennent sans vérifier les attaques contre les propos qualifiés d' "incendiaires" d'Ahmadinejad, c'est inadmissible.

En tout cas, on cherchera en vain dans les propos du chef d'Etat iranien quoique ce soit qui constituerait le moindre fondement à l'accusation de négationisme.

Il reste, comme le dit Bernard Ravenel dans "Le débat stratégique palestinien" (N°11 du Cahier de Formation, AFPS, page 1): « un peuple privé de l'essentiel de son territoire pour réparer des fautes qui ne sont pas les siennes, et dont on a toujours tenté de miner la représentativité... son ennemi usurpateur: Israël, vrai problème non résolu de la conscience européenne. »

On aimerait que Durban II débouche sur un règlement efficace et définitif de cette insupportable injustice !

NOSE DE CHAMPAGNE

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LES PREMIERES DERNIERES NOUVELLES DU PERTHOIS…

Mon cher Rica,

Ces derniers jours qui ont suivi notre voyage à Nea Polis, il a fallu reprendre le cours de notre vie habituelle. Nous avons eu bien du mal à nous réaccorder à ce rythme et les fins de semaine nous servent à reprendre notre souffle, tant ce Monde va trop vite…

225Nous avons profité donc de cette nouvelle halte, après notre retour, pour  passer en revue les gravures réalisées sur le vif des « chambres obscures » (camera oscura) et revivre quelques instants du séjour à Nea Polis et au-delà en remontant dans le temps. Car « … moi, je me fiche de l’endroit où je suis, pourvu que j’aie le loisir d’aller sans encombre dans ma tête » comme le dit joliment Muriel BARBERY dans « L’élégance du hérisson » (page 87).

Nous avons aussi voyagé à travers notre bibliothèque, en pensant à notre garibaldien Comte des Carpates qui passe beaucoup de son temps dans son atelier du troisième étage de son nid d’aigle, à restaurer les cahiers et couvertures des livres de tous les formats. Vous lui donnez une couverture vulgairement cartonnée usagée et il vous rend une parure de cuir portant les ciselures dorées des caractères de titre ! Notre cher Comte des Carpates, quelle que soit votre prix, c’est un honneur – nous vous le répétons – que de compter vos œuvres dans nos rayonnages ! Nous vous ferons parvenir dès les prochains jours les acomptes de notre commande…   

S7300370En reprenant la lecture de « Meurtre au philarmonique » de Batya GOUR, une romancière hébraïque qui a trop tôt quitté ce monde en 2005, nous avons retrouvé un billet de consommation au Bar du Port situé au 7 Quai Suffren, à Saint Tropez. Nous y étions le 24 mars et nous y avions siroté une décoction de café, cette denrée avec laquelle, en 1929 durant la « Grande crise », on alimentait les chaudières des locomotives à vapeur. En contemplant cette facture de trois euros pour huit malheureux centilitres, un morceau de sucre enveloppé dans son corset de papier et un petit bâton de chocolat aussi emmitouflé, nous nous disions qu’il ne serait plus raisonnable aujourd’hui de recourir aux moyens fastueux d’alors !

Songe en effet, ami Rica, à ce que peut coûter un sachet de café de Bolivie chez l’épicier, lorsqu’on boit huit centilitres de café à trois euros, soit près de vingt francs dans le cours de notre monnaie d’avant le 1er janvier 2000 ! Je te laisse imaginer la fortune à engloutir pour alimenter un foyer de malle-poste à vapeur !

… J’ai laissé un peu mijoter cette lettre, le temps de préparer le repas de midi sur la terrasse donnant dans notre jardin, sous le soleil d’un radieux dimanche de printemps. Nous avons installé la table face aux lilas mauves et aux cerisiers aux fleurs blanches, si épaisses et drues qu’on croirait du coton. Les merles répondaient aux merles, et les chats ainsi que Lulu, allongés qui sur un banc qui dans une bordure d’herbes coupées humaient les parfums suaves.

Nous avons simplement dégusté une fricassée de cuisses de poulet à l’huile d’olive, au riz et aux oignons blancs et roses coupés menus (les oignons roses font moins pleurer que les oignons blancs !). Tout cela était arrosé d’un doux Bordeaux Château Dubraud 2006, Premières Côtes de Blaye !

Dans la fin d’après-midi, nous avons rendu visite au musée des « Fous de Bassan ». Nous avons retrouvé, suivi et parcouru, le fil du dernier message de notre ami Estéban, pirate Ciotaden et Emir de la Mer (amiral) méditerranéen autant que toréador des arènes informatiques. Il introduisait par le titre magnifique de la chanson de Georges Brassens : « les copains d’abord »… Mais notre Emir de la mer semble avoir oublié sa profession de foi d’alors et, prenant prétexte de discussion (trop ?) animées, il a déserté notre fréquentation. Se peut-il de n’être frères que pour les bons moments ? Nous voudrions lui faire, par ce moyen détourné (car nous, nous ne sommes pas comme ces capitalistes qui détournent à leur profit les fonds publics, nous ne détournons que les moyens de nous faire comprendre dans la conversation), que sans avoir été consulté sur les positions exprimées au sujet de la tauromachie, nous avons été automatiquement solidaires face à l’arbitraire qui excluait et refusait d’entendre que « ce n’est pas par plaisir que le toréro danse »… « Comme le moineau mon frère, Tu es comme le moineau…  Tu es terrifiant mon frère»…

Voilà, cher ami Rica, les premières dernières nouvelles de notre confrérie du Perthois. À te lire prochainement aux accents sonores des cuivres de l’ouverture « Ainsi parlait Zarathoustra » de Richard STRAUSS qui passe quasiment en boucle en ce moment sur notre platine pour nous donner de l’énergie,

Fraternellement à toi et tou-te-s les ami-e-s des Merle et Pigeon,

Usbeck le jeune du Perthois, en sa capitale, le dimanche 19 avril 2009.

Nous informons nos aimables lecteurs que cette lettre est transmise par NOSE DE CHAMPAGNE.

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06 avril 2009

LETTRES (4) DE VOYAGE AU PAYS DE NEA POLIS...

LE DEVELOPPEMENT DU RÂBLE... DE LAPIN

Mon cher Rica,

S7300379Eh oui, mon ami, cette lettre qui te sera probablement parvenue après mon retour veut aborder un aspect particulier de ce monde, notre monde. Tu le sais mon ami, nos oreilles bourdonnent des propos tenus sur l'état de notre planète et sur la manière de l'habiter et la consommer. Les autorités du pays prononcent sur un ton martial des leçons de courage d'autant plus intéressantes et efficaces qu'ils ne les appliquent pas à leur propre façon de vivre et de partager les fruits de cette terre et du travail de l'immense humanité. 

Tu es, ami, comme le disent ces vers du poète lusitanien Gastao CRUZ:

"Tes yeux    ton front    ta bouche

mesurant la lutte couvrant le monde et ceux qui restent

sous la grêle fixée du mensonge..."

S7300356Pour te donner une idée des réalités et des mensonges, nous voulions te faire part des conditions dans lesquelles nous avions fixé les modalités de notre départ vers Nea Polis.

Pour s'inscrire dans le cadre de ce fameux "développement durable" (qui est une mauvaise traduction de l'expression originale du titre du rapport du PNUD "For a sustainable development"), nous avions envisagé de prendre la malle poste SNCF. Au guichet de la compagnie, on nous a proposé des billets de transport au tarif de 110 € par personne, pour l'aller comme pour le retour. Soit l'obligation d'envisager de dépenser 440 € pour notre séjour d'une semaine aller et retour...

S7300383Les livres de voyage indiquaient, quant à eux, que la totalité des droits de passages aux barrières d'octroi des voies rapides attreindraient environ 50 € pour aller et autant pour le retour. Sachant que nous aurions à dépenser aussi près de 50 € dans chaque sens pour fournir à notre voiture les moyens d'atteindre son but, nous avions calculé que notre déplacement par nos propres moyens ne nous coûteraient qu'environ 200 €.

Voilà donc, mon cher Rica, la démonstration de la duplicité de ceux qui racontent tant de fadaises sur leurs dispositifs en faveur de la planète. Il n'y a aucune incitation, aucun intérêt à les écouter. Nous-mêmes, nous étions bien obligés de tenir compte de ce que l'une des options renchérissait notre voyage de 220%.

Les beaux parleurs ne font en fait que de l'argent par leurs discours sur l'avenir de la planète, pour se payer à nos frais un développement du râble de lapin, et nous l'accomoder à la boutade de Dijon !

Voilà, ami Rica, ce que nous voulions, mi-sérieux, mi-moqueurs comme le merle, te confier sur nos expériences les plus récentes.

À très bientôt de te voir pour les dernières nouvelles de demain,

Bien fraternellement,

Usbek le Jeune du Perthois, arrière-arrière-petit fils d'Usbek l'Ancien.

Transmis par NOSE DE CHAMPAGNE.

   

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05 avril 2009

LETTRES (3) DE VOYAGE AU PAYS DE NEA POLIS...

Cher Rica,

S7300443Nous voulons aujourd'hui t'entretenir d'un certain nombre de particularités de l'aimable pays de Nea Polis.

Aujourd'hui, les jardins de la province de Champagne voient tout à la fois fleurir toutes sortes de végétations qui d'ordinaire éclosent successivement mois après mois dans le printemps naissant. Depuis quelques jours seulement, les jonquilles, puis les jacintes à peine plus tard et déjà les tulipes, explosent en nuances dorées, en teintes d'azur, de vermillon ou de noirs veloutés. La végétation, paralysée par un long hiver marqué de gel et de neige, se libère... 

S7300279Dans le pays des garibaldiens, il n'existe pas de jonquilles mais les fleurs mauves des kikouyous, et les fleurs roses des cerisiers, ou blanches des mirabelliers, sont des choses inconnues. Mais il existe là-bas les floraisons exquises de millions de petites boules de poils à la couleur citron: les mimosas. Nea Polis est la capitale du mimosa comme Vitry-le-François est la capitale du Perthois... Sur les pentes rocailleuses des propriétés, les grands eucalyptus flexibles à l'écorce grise et aux feuilles presque vertes ploient sous le vent de terre ou de mer selon les jours, à côté des longs cyprès sombres et élancés. En bord de mer, les  pins parasols déploient leurs ombrelles chevelues... On rencontre encore parfois un bouquet de faux poivriers ou encore de petits lauriers. Enfin, dans la vieille ville de Cannes, nous promenant avec mon épouse, nous avons parcouru une rue bordée d'orangers portant déja leurs fruits mûrs...

S7300450Il nous semble aussi t'avoir déjà parlé des mouettes patrouillant sur les rivages, dans les calanques ou les ports. Elles paraissent plus grandes mais moins nombreuses que celles qui peuplent notre mer intérieure champenoise, le lac du Der-Chantecoq, ou même que celles qu'on rencontre en Mer duNord, du côté de Dieppe. Les mouettes de la Provence sont moins rieuses et gouailleuses. Elles ne poussent pas les incessants cris aigus que nous connaissons dans nos contrées. Elles ont aussi leur accent quand elles s'expriment: leur voix est rauque, pareille à celle de dogues...

Sur la plage de sable et de galets où nous avions pris nos habitudes entre les rochers de Théoule, une fin d'après-midi, un petit homme âgé, en béret, est venu s'installer à l'abri du vent, avec son petit chien noir. Il s'est assis et a mangé un fruit et un morceau de pain qu'il a partagé avec son compagnon. Puis il s'est mis à lire dans les pages d'un magazine.                                                                                                                                S7300408De temps à autre, il lançait vers les vagues un galet ou un bout de bois. Alors, son chien se précipitait pour le récupérer et le lui ramener. On pouvait y mesurer la pratique d'une modeste, longue et émouvante amitié. Lorsque nous nous sommes levés pour nous apprêter à regagner notre gîte, nous nous sommes aperçu que le petit homme au béret lisait "L'Humanité-Dimanche", dans son édition du 19 mars avec la couverture affichant "Ce que veulent les français...".

Voilà, mon cher Rica, tout ce que nous voulions te faire partager aujourd'hui, dans la douceur de la température d'un dimanche très printanier.

Nous te chargeons de transmettre à tous les merles moqueurs et à tous les pigeons bleus nos plus vives amitiés.

À très bientôt pour les dernières nouvelles de demain, comme disait autrefois une commentatrices qui eu son heure de notoriété.

Usbek du Perthois.

Transmis par NOSE DE CHAMPAGNE.

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02 avril 2009

LETTRES (2) DE VOYAGE À NEA POLIS...

Mon cher Rica,

Je reprends le fil des découvertes et réflexions qui nous vinrent lors de cet agréable mais étrange séjour à Nea Polis.

Avec Talnach mon épouse, nous eûmes une conversation avec deux employés municipaux, sur la Plage de Théoule. Ces deux travailleurs en combinaison de serge bleue grossière, tâchée et usagée, étaient occupés à nettoyer et remettre en état les installations situées aux abords du port de plaisance et destinées à attirer et "attacher" les voyageurs qu'on appelle "touristes" en ce pays au fond de l'air salé. Ils prenaient alors un instant de repos, qu'ils appelaient leur pause.

L'un d'eux portait bien la cinquantaine et le second tout au plus une petite quarantaine. Le premier était natif de cette région proche de la nôtre, connue sous le nom de Picardie. Il en avait l'accent, bien qu'en partie effacé par le soleil, la mer et la fréquentation des autochtones provençaux. Les deux compères nous apprirent qu'ils travaillaient ici, mais n'attendaient que les congés pour rejoindre leur patrie respective, le premier d'entre eux à Laon, distante de Reims de moins d'une demi-journée de cheval et de moins d'une heure de cheval-vapeur... Décrivant tous deux l'organisation de la société civile de cette contrée comme divisée en deux - une partie possédant les navires et les habitations de plaisance; l'autre travaillant à l'entretien de ce patrimoine - ils se plaignaient tous deux de leurs conditions de vie de serviteurs: les loyers leur permettant de s'abriter avec leurs familles absorbent une bonne part de leurs ressources; les prix de la nourriture ainsi que ceux des costumes nécessaires pour ne pas vivre nus leur demandent de fréquents et douloureux sacrifices... L'un d'eux eut une curieuse expression en nous confiant que pour vivre ici "il faut des dollars à la place des yeux" !

Très près de nous, des forçats à la peau noire creusaient le chemin des voitures pour renouveler des canalisations. Les désignant, l'un de nos interlocuteurs déclara qu'il y avait dans la région "trop d'indiens". Nous avons eu l'impression d'une forte et sourde hostilité entre ces deux groupes consacrés à servir la même classe patricienne provençale ou cosmopolite... Nous constatâmes donc, là comme partout, que pendant que les plus modestes se divisent et s'affrontent, les privilégiés en tirent toujours avantage...

S7300365Arpentant les routes et les rives rocheuses ou sabloneuses, nous avons poursuivis notre exploration et remarqué la magnificence des villas et des palais accrochés aux rochers rouges ou aux bords de la mer turquoise. Ce fut là, pour nous, un autre sujet d'étonnement: ces habitations imposantes ne sont le plus souvent habitées que d'un couple ou deux, alors qu'elle pourraient abriter une halte de voyageurs en malle-poste ! Quand elles sont habitées ! Car, à la nuit tombée, les villas éclairées sont dans la proportion d'une sur sept ou huit... Il y a réellement une sérieuse et criante inégalité d'aise entre les pôles opposés de cette société.

Tu nous diras, cher Rica que cette inégalité se retrouve partout, et de même chez nous dans les pays de Champagne comme aussi dans la Picardie, la Bretagne ou le Comté de Toulouse. Mais précisément, non ! Ce qui caractérise cette inégalité c'est son caractère criant, exagéré et pour tout dire, presque provoquant. 

Lorsqu'il nous fut temps de trouver une table pour nous restaurer, nous partageâmes la conversation avec un couple qui nous confia que leur fils avait été employé en tant que cuisinier sur le navire de l'Aga Khan, qu'ils appelaient "un yacht". Ils prétendaient que ces propriétaires étaient des riches, mais des riches simples. Lorsque la femme - une des femmes - de l'Aga Khan demandait à cet équipage ce qu'elle pouvait faire pour eux à la cuisine, il lui répondaient: "la vaisselle"... Eh  bien, elle s'y mettait avec eux simplement... "Bref, des riches simples, pas comme les riches parvenus", complétèrent-ils... Dans le cours de cette conversation, où nous tendîmes plus souvent l'oreille que nous jouâmes de la langue, nous apprîmes qu'ils voyageaient ici depuis leur province de Bourgogne. Ils en étaient d'ailleurs très imbus puisqu'ils risquèrent cette affirmation à la fois fausse et ridicule qu' "un bon Crémant, çà vaut un bon Champagne", ajoutant qu' "un Crémant honnête, c'est meilleur qu'un mauvais Champagne". Mon cher Rica, toi qui connaît les heures, les jours, les semaines, les mois et les années de dur labeur à produire un Champagne avant de le présenter sur le marché, tu peux comprendre le trouble que provoquèrent en nous ces propos irresponsables ! 

S7300394Le lendemain matin, sur le marché provençal de Nea Polis, nous entendîmes des camelots dénigrer "les fonctionnaires" et dénoncer avec une certaine agressivité "ils sont payés avec nos impôts"... Diable ! Avec quoi d'autre cela serait-il possible ? Puis, un peu plus tard, ils s'insurgèrent que les services ne mettaient pas assez vite à leur disposition des bancs et autres équipements nécessaires à leurs commerces...  Cela eut le don de me chauffer le sang et de me gâcher le plaisir de découvrir la variété des parfums et des couleurs des épices sur les étals...

J'arrêterai là cette relation pour aujourd'hui. Je pense que tu pourras de là apprécier le caractère contradictoire du climat et de l'accueil de ces populations qui vivent pour une bonne part sur une économie cosmopolite.

Bien à toi, mon cher Rica et à bientôt pour te donner les dernières nouvelles de demain !

USBEK du PERTHOIS.

Rapporté par NOSE DE CHAMPAGNE.   

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01 avril 2009

LETTRES (1) DE VOYAGE À NEA POLIS...

Mon cher Rica,

S7300290Nous sommes bien rentrés de Nea Polis. En dehors du couroux des dieux déversant sur nous à torrents les flots du ciel pendant la traversée de la vallée du Rhône, nous avons quitté Nea Polis avec le soleil et nous l'avons ramené dans notre Champagne. Il s'agissait surtout, pour nous, de rappeler aux Garibaldiens de la Côte et à nombre de flibustiers qui les entourent que le soleil se lève à l'Est et que nous sommes bien gentils de le partager avec eux. Il faut qu'ils s'en souviennent et qu'ils s'habituent à ne pas le monopoliser... Dans cette contrée du Royaume Sarkzite, les habitants ne connaissent, semble-t-il,  pas beaucoup le partage.

Quel étrange pays donc, que ce pays de la Côte d'Azur ! On y voit dans les ports de moins en moins de bateaux de pêche et de plus en plus de puissants navires qui n'en sortent que durant quelques semaines d'été. De notre époque, les bateaux étaient faits pour affronter la mer en toute saison. Il faut aussi te dire que ce genre de bateaux, qu'ils appellent yachts - drôle de nom ! - sont pilotés par de jeunes hommes qui soignent plus leurs apparences que leurs capacités à manoeuvrer et leurs connaissances nautiques. C'est ainsi que le moindre bateau de pêche s'aventure bien plus loin sur la mer que ces frimeurs qui conçoivent l'horizon comme une barrière infranchissable ! Il est vrai encore que ces damoiseaux et damoiselles ne songent qu'à se faire admirer dans leur magnificence pour toiser les travailleurs de la mer et ceux qui les servent à terre. Il me semble que pour un gouverneur avisé, il y a là des gisements de taille et de gabelle qui donneraient à l'Etat les moyens de faire face à ses obligations communes...

Et puis, encore, parmi les choses étranges que nous avons vues, il y a les habitants de ces rives maritimes. Lorsqu'on se promène sur les plages, dans les rochers, sur les routes ou dans les rues des villes, à toute heure du jour ou même la nuit, on y croise, dépasse ou se fait dépasser par des gens qui courrent dans des culottes qui ne les couvrent qu'à mi-cuisse et des chemises sans col. Ils sont chaussés de sortes de pattes de lapin. On les entend de loin respirer fort. Ils se démènent jusqu'à se faire venir les sueurs au visage, dans le cou et dans le dos. Ils sont jeunes ou quadragénaires ou même vieux. Ils sont hommes ou femmes. Ils courent partout en tout sens. Qu'est-ce qui les presse ou qu'est-ce qui les terrifie ? Ils disent qu'ils font du "jogging... Je ne comprends pas cette pratique qui n'a aucune utilité pour le peuple.

Je m'arrête ici pour aujourd'hui, mon cher Rica. Je te parlerai demain d'autres choses que nous avons vues et entendues dans cet étrange contrée. Ton ami Usbek du Perthois.

NOSE DE CHAMPAGNE

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