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Il n'y avait pas foule ce jeudi 31 juillet 2014, autour de nous à l'angle de l'Avenue de la République et de l'Avenue Jean Jaurès à Vitry-le-François. Bien qu'informée, la presse locale n'avait pas estimé le sujet pertinent sans doute et ne s'était pas donné la peine d'en rendre compte. Nous étions un peu moins d'une dizaine, au nom du Front de Gauche/Front Citoyen Vitryat, mais nous étions les seuls à Vitry à rendre hommage à notre grand précurseur. Nous donnons ci-dessous le texte exact de l'allocution prononcée, après le dépôt d'un petit bouquet de roses rouges et blanches, sous la plaque portant le nom de Jaurès, par l'un de nos 3 porte-parole.

 

 

"Jean Jaurès a été assassiné de 2 balles dans la tête tirées à bout portant, le 31 juillet 1914 au café du croissant à Montmartre, trois jours avant la déclaration de guerre de notre pays à l’Allemagne, il y a aujourd’hui tout juste 100 ans. Il n’avait pas 55 ans.

 

Son assassin, le rémois Raoul Villain se situait dans la mouvance de l’extrême droite. Il faut le savoir aujourd’hui, quand le FN prétend  annexer Jaurès en affirmant sur ses affiches que « Jaurès aurait voté FN » ! Son assassin a tué celui qui dépensait toutes ses forces pour prévenir et empêcher le déchainement de la guerre mondiale et des atrocités qu’il pressentait. Il a tué l’espoir d’un règlement pacifique des conflits en Europe. Et cet assassin, jugé en mars 1919, n’a jamais été condamné par la Justice de notre pays !

 

Sans avoir jamais été un « pacifiste bêlant », Jean Jaurès est pour nous  le symbole de la lutte contre les guerres par l’appel à l’union de tous les travailleurs de tous les pays. C’est lui qui indique – je cite - que «le moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre économique », ce qu’on appelle aujourd’hui « la concurrence libre et non-faussée » ou encore « la compétitivité ». Jean Jaurès se revendique  aussi comme compagnon critique du marxisme, faisant de la résolution de la question sociale la condition pour que la République soit « le régime de tous par tous », qu’il nommait « le socialisme ». Pour lui – je cite encore- il s’agit d’ « introduire dans la société d’aujourd’hui des formes de propriété qui la démentent et qui la dépassent, qui annoncent et préparent la société nouvelle, et par leur force organique hâtent la disparition du monde ancien ». 

 

Jean Jaurès était un intellectuel rationnel et brillant : historien, philosophe, professeur, journaliste, puis parlementaire. Il fut élu plus jeune député de France à 26 ans et commençait alors un parcours politique d’abord modéré, mais s’affirmant plus progressiste au fur et à mesure des événements rencontrés en chemin, jusqu’à dire de lui-même : « je ne suis pas un modéré, je suis avec vous un révolutionnaire ». Pour bien montrer la filiation de son engagement, il revendique justement et fièrement dans son Histoire Socialiste de la Révolution Française ce qu’aucun socialiste actuel n’oserait plus : « Je suis avec Robespierre et c’est avec lui que je vais m’asseoir aux Jacobins ! ». Tout autant, Jaurès se référait à  Gracchus Babeuf qu’il nommait « notre grand communiste »

 

À 33 ans, Jean Jaurès entre en lutte aux côté des mineurs de Carmaux et de leur syndicat en grève contre le propriétaire, le marquis de Solages. Finalement victorieux, il va au bout de son engagement au côté de la classe ouvrière en entrant en « socialisme », et en devenant l’artisan inlassable de l’unification de tous les courants socialistes de France en 1905 (Allémanistes, Guesdistes, Autonomes…) …

 

Toute l’œuvre de Jean Jaurès (dont une remarquable « Histoire socialiste de la Révolution Française » de 7 tomes, totalisant 4723 pages) témoigne de son désir ardent de libérer l’humanité… jusqu’à fonder, le 18 avril 1904, le journal qui en porte le nom, notre journal. Jean Jaurès a porté partout le drapeau de l’émancipation sociale, de Carmaux à Albi, jusqu’à Nouzonville et Charleville dans les Ardennes aux confins de notre région de Champagne.

 

Lors de l’affaire Dreyfus (bourgeois juif et militaire, accusé de trahison et condamné sans preuve), il s’engage avec Jules Guesde.

 

Il s’agit pour lui que chacun comprenne que le socialisme étant l’accomplissement de la justice, il ne faut jamais accepter aucune injustice. Et Jaurès n’a eu de cesse que cette justice soit effectivement rendue au capitaine Dreyfus, contre l’Etat-major.

 

Durant l’intense combat laïc du début du 20ème siècle, il devient avec son ami Francis de Pressencé l’un des principaux artisans de la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il montre alors tout son sens du compromis. Mais, à l’inverse de ce que l’on peut entendre aujourd’hui par la voix de nos gouvernants, ce n’était pas pour accepter ou faire accepter des régressions sociales mais bien pour changer la société avec toujours la visée progressiste chevillée au corps.

 

En 1910, Jean Jaurès participe à la création des retraites ouvrières, premier pas vers une sécurité sociale. S’il n’a jamais participé au pouvoir et à aucun gouvernement, il a toujours porté l’idée que les révolutionnaires devaient prendre toutes leurs responsabilités à condition que cela conduise vers le mieux et non pour accepter les pires reculs au nom du réalisme et de l’impuissance politique que nous déplorons aujourd’hui, lorsque François Hollande dépouille notre protection sociale, et notamment notre système des retraites.

 

Certes, Jean Jaurès n’a pas connu que des réussites : il a aussi rencontré des échecs mais ne s’y est jamais résigné et a sans cesse poursuivi la lutte.

 

À gauche aujourd’hui, ils ne sont plus très nombreux ceux qui, au Parti socialiste devenu « la béquille du capital », se réclament de Jean Jaurès. D’ailleurs, que connaissent-ils encore de lui ?!

 

Le Président de la République et le 1er Ministre actuel n’en font pas leur principale référence. Ils lui préfèrent Clémenceau, non pas le radical de l’affaire Dreyfus, mais celui de la répression antisociale et du jusqu’auboutisme guerrier. C’est ce qui fonde pour nous la différence et qui explique que nous ne cautionnerons pas, à Vitry non plus, le centenaire officiel de la fin de cette immense boucherie que fut 14-18, mais aussi la matrice de l’autre guerre mondiale. Faut-il aussi rappeler que le pouvoir actuel a refusé, il y a quelques mois, la réhabilitation des « fusillés pour l’exemple » ?

 

Pour les communistes, les militants du Front de Gauche et les syndicalistes conséquents, Jean Jaurès reste une référence majeure. Ecoutons-le, lorsqu’il prévient ainsi : « Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possèdera les grands moyens de production et d’échange […], tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi qui est la concurrence illimitée […], il y aura des germes de guerre. »  

 

Jean Jaurès est notre référence, parce que nous voyons d’abord en lui une image de la morale en politique, alors que celle-ci est trop souvent disqualifiée par les affaires, genre Cahuzac ou Sarkozy…

 

Nous voyons en lui le combattant pour la paix quand la guerre, et le mensonge à son propos, redevient le moyen d’assurer les intérêts  impérialistes dans le monde, comme c’est le cas dans l’Ukraine des oligarques captée par le FMI, et comme c’est le cas en Palestine par les crimes de masse contre  Gaza résistante et martyrisée… Jean Jaurès portait cette vision lucide et toujours actuelle lorsqu’il rappelait que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage »

 

Nous voyons en Jaurès le champion de la justice sociale, alors qu’aujourd’hui toute réforme est devenue symbole de régression sociale, de racket sur les pauvres pour donner aux riches, comme c’est le cas avec le Pacte de Responsabilité qui ponctionne 50 milliards d’€uros aux budgets publics et sociaux pour alimenter la rapacité des financiers, des actionnaires, des  spéculateurs… au dépends de la maternité de Vitry-le-François, pour prendre l’exemple le plus récent…

 

Nous voyons en Jaurès le journaliste méticuleux et respectueux des grandes causes, immergé dans le peuple, lui qui a fondé l’indispensable journal des sans voix : « l’Humanité »…

 

Nous voyons en lui le militant de chaque instant, intègre jusqu’à mourir pour ses idées…

 

On nous dira que le Monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Jaurès. Pourtant, le combat pour l’émancipation humaine n’est pas achevé et il s’inscrit dans un récit qui passe par la mémoire ineffaçable de Jaurès. Il dépend de nous de rappeler que Jean Jaurès est l’honneur de la gauche et l’honneur du socialisme. Au moment où ces mots deviennent des mots grossiers et chargés de renoncements, il faut les répéter sans relâche. Nous les communistes, nous les militants du Front de Gauche, nous les syndicalistes conséquents, nous en sommes les fiers continuateurs. Pas seulement de Jaurès, mais de Jaurès aussi.

 

Jean Jaurès n’a pas besoin des caresses hypocrites des maquignons complices du MEDEF, ni d’une chronique nécrologique à retardement comme sait les faire le blog d’un de nos adjoints au maire. Jaurès condamne avec esprit la résignation, lorsqu’il explique que « La peur resserre ; l’espérance dilate ! »

 

Camarades et amis, Jaurès reste vivant dans le combat pour le progrès social ! L’avenir a besoin de nous ! Merci et à  bientôt pour les prochaines batailles ! "

 

 Pour le Front de Gauche-Front Citoyen Vitryat.